Les comportements parentaux et nous

Les comportements parentaux et nous

Se remettre en question est difficile. Remettre en question des dizaines d’années voire toute une vie, c’est périlleux, quel que soit l’âge et la personne concernée. Notre groupe est composé de personnes qui se sont entièrement effondrées. Oui, nous avions tous envisagé de nous suicider, comme dit en introduction, et certains étaient prêts à le faire très vite. Qu’est-ce qui a fait que nous nous sommes accrochés et que nous sommes aujourd’hui encore en vie ? Notre volonté. Et le fait que nous étions ensemble nous a beaucoup aidé, car nous nous sentions très seuls devant notre souffrance et la montagne de problèmes que nous croyions avoir.

Tôt ou tard nous allons mourir de toute façon. A quoi aura servi de vivre une vie remplie de tristesses, de larmes, de peurs et de douleurs pour juste mourir comme ça ? A rien. La vie est un cadeau que beaucoup d’êtres humains transforment par égocentrisme en enfer.

Notre but est de sortir de cet Enfer et de remplir nos vies vides de sens. Nous avons suffisamment passé de temps dans les ténèbres à supporter tout et n’importe quoi.

N’ayant plus rien à perdre, nous avons voulu prendre le risque de tout changer pour nous retrouver nous-mêmes et créer enfin quelque chose, de manière complètement égoïste, rien que pour nous.
Au final, cela ne dépend que de nous.

La prise de conscience de nos situations fut difficile. La plupart d’entre nous avons été conditionnés dès l’enfance. C’est surtout le manque de compréhension entre nos parents et nous, leur injustice à notre égard et leur volonté à effacer notre personnalité car différente de la leur qui ont été nos déclencheurs.

Extrait : « Depuis l’apprentissage de la propreté jusqu’à l’adolescence, ces parents ont tendance à considérer la révolte ou même les différences individuelles comme une attaque personnelle. Ils se défendent en renforçant l’incapacité et la dépendance de leur enfant. Ils sapent le développement inconsciemment, souvent persuadés qu’ils agissent au mieux des intérêts de leur enfant. »

Voici quelques exemples de phrases de nos parents entendues en boucle, même à l’âge adulte, comme pour se persuader eux-mêmes de la justesse de leurs actions ou de leurs choix :

« Je ne dis cela que pour ton bien. »

« Le monde est sans pitié et nous t’apprenons à l’affronter. »

« Je préfère être blessé à ta place. »

« C’est pour te protéger. »

« Cela forge le caractère. »

« Puisque les choses fonctionnent comme ça, c’est comme ça qu’il faut faire. »

« Tu n’as pas à discuter. C’est comme ça et pas autrement. »

« Tais toi, tu ne sais pas parler. / Tu parles pour ne rien dire. »

« Oh tu fais ça ? Tu perds ton temps. / Jamais tu n’y arriveras. »

« Tu ne sais pas rire. / Tu ne sais pas sourire »

« Ton sourire est moche. On voit toutes tes dents »

« Tu ne sais pas faire ! »

Ce type de phrases porte le masque de l’éducation et des bons conseils.

Il est difficile pour un adulte de reconnaître son propre caractère destructeur. Et lorsqu’il est souligné par les autres (amis, famille ou inconnus), ces adultes se sentent rejetés, incompris voire ratés. Mais de toute façon ce sera la faute des autres et pas la leur.

Dans nos cas les parents affichent à l’extérieur un énorme complexe de supériorité alors qu’en réalité ils ont un énorme complexe d’infériorité.

L’acceptation des reproches parentaux est un moyen de survie pour les enfants et elle devient le cœur de nos propres comportements autodestructeurs.

Nos parents établissent des règles, rendent des jugements et font mal, quel que soit notre âge.

Nos parents semblent compréhensifs (« Je suis de tout coeur avec toi », « Tu as tout à fait raison », « C’est bien ce que tu as décidé »…), mais ils ne le sont pas. Par cycle de temps allant de quelques jours à 1-2 ans, nous nous sommes rendus compte qu’ils vont sembler nous soutenir, aller dans notre sens, puis nous rabaisser pour casser notre confiance en nous pour enfin nous donner des ordres que nous devons suivre à la lettre sinon… explosion de colère, rage, reproches s’en suivent généralement pour nous faire culpabiliser.

Nous reviendrons plus loin sur la culpabilité. Elle joue un rôle très important dans la manipulation humaine.

C’est la crainte de ne plus être nécessaire qui effraie beaucoup nos parents et les pousse à perpétuer chez nous, enfants, le sentiment d’impuissance et d’incapacité. Il est impératif que même adulte, l’enfant ait besoin de sa mère ou son père ou les 2. Si cela s’arrête ils ne trouvent plus de raison de vivre. Or c’est faux. Ils ont une raison de vivre. C’est juste qu’ils ne la voient pas ou qu’ils ne veulent pas la chercher.

Au cours de nos thérapies nous avons appris qu’en plus de la protection matérielle et physique, les parents doivent également protéger leurs enfants de tout dommage émotionnel. Or nos parents ont échoué ici. Chez nous, les blessures émotionnelles sont nombreuses et profondes.

Les blessures émotionnelles ne guérissent jamais. Nous apprenons à vivre avec sans nous détruire et sans détruire les autres.

Nos parents ont exigé de nous de prendre soin de leurs besoins à eux, d’assumer leurs choix de vie à leur place, de vivre comme ils auraient voulu vivre eux et / ou de vivre à leur image, sans se préoccuper de ce que nous pouvions ressentir ni de ce que nous ressentons aujourd’hui.

Extrait : « Un des types les plus courants de parents dominateurs et manipulateurs est le « bon Samaritain. » 

La manipulation met les gens au pied du mur : pour la combattre, il leur faut faire de la peine à quelqu’un dont le seul tort est de vouloir être « gentil ». Pour la plupart des gens il est plus facile de céder.
Nous avons remarqué avoir 2 réactions face à ce genre de comportement : capituler ou nous révolter. Et dans les 2 cas nous avons tort car nous jouons leurs « jeux ».

Nos parents ont une conduite provoquée par une profonde insatisfaction et par la crainte d’être abandonnés et d’avoir eu tort toute leur vie. Il leur est impossible de reconnaître qu’ils se sont trompés pendant tant d’années. Donc aussi longtemps qu’ils réussissent à nous donner le sentiment que nous restons un enfant, ils peuvent conserver leur contrôle sur nous.

Dans le cas des personnes comme nous, la séparation parents/enfants est retardée pendant des années, voire pour toujours. Elle ne peut avoir lieu que lorsque les changements permettant de récupérer la maîtrise de notre propre vie sont effectués… ou quand les parents décèdent. Et nous, nous avons décidé de ne pas attendre leur mort.

Nos blessures émotionnelles sont longues à guérir parce que certains parents abusent en lançant des attaques répétitives contre notre aspect physique, contre nos capacités intellectuelles, nos compétences ou notre valeur en tant qu’être humain. Quelques exemples de mots des parents qui deviennent nos maux à nous :
« Tu es stupide ».
« Tu pues. / Tu es laide. »
« Tu n’as aucun goût. Tu ne sais pas t’habiller ».
« Tu ne sais pas sourire/rire/parler/te tenir. Quelle honte !»
« Tu ne sais décidément rien faire. »
« Ce n’est pas pour moi que tu le fais. » (force à répondre non alors que la réponse est oui)
« Cela ne sert à rien de t’apprendre. . . »
« T’as vu ton ventre / tes fesses / tes cuisses ? Elles sont énormes ! Tu es grosse. »
« Tu ne comprends rien. Tu interprètes mal les situations. »
« Tu es égoïste. Ne peux-tu pas penser un peu à moi ? »
Pour les parents comme les nôtres, nous, enfants-adultes, sommes devenus une menace. Et ne vous attendez pas à ce qu’ils le reconnaissent. Ils en sont incapables.

Quoi que nos parents possèdent, ils continuent de vivre dans la peur de ne pas avoir assez (assez d’argent, assez d’amour, assez de beauté, etc…). Cette rivalité fait peser sur nous une pression énorme depuis l’enfance, voire l’adolescence.

Extrait : « Pendant de nombreuses années je n’ai pas fait grand-chose, laissant tomber même ce que j’aimais vraiment, parce que j’avais peur. Adulte je continuais à entendre sa voix qui me démolissait. Elle me donnait l’impression d’être une ratée. Ça me faisait si mal. »

Leur programme secret est de faire en sorte que leur enfant ne puisse jamais les surpasser.
« Nous avons tous nos limites, et la tienne c’est moi »
Ils ont énormément peur que nous réussissons mieux dans le travail, dans les relations sociales, dans l’amour… Il faut absolument nous tenir en laisse pour ne pas nous échapper et vivre ce qu’ils osaient à peine rêver.

Attention aux conseils de type « tu devrais », « il faudrait », « il vaut mieux ». Souvent ils se transforment en conseils dits toxiques ou comme nous les appelons, en ordres à suivre à la lettre sous peine de lavages de cerveau quotidien.

Définition d’un lavage de cerveau : quel que soit le moyen (face à face, téléphone, mail), quel que soit l’endroit, le parent se lance dans l’exposé de son idée et le répète en boucle dès qu’il peut. Vous vous sentez sans énergie et avec une seule envie : dire oui/d’accord/ok pour que ça s’arrête.

Nos parents croient qu’il n’y a que 2 façons de faire les choses : comme eux ou mal.

Ils s’opposent à toute réalité extérieure remettant en cause leurs opinions. Plutôt que de changer, ils cultivent en eux une vision déformée de la réalité qui va dans leur sens. Tout doit d’ailleurs aller dans leur sens.

« La confrontation avec les parents dieux est le chemin vers l’indépendance. » C’est en effet le moment critique dans le voyage vers l’autonomie. Le but est de vaincre une fois pour toutes notre peur de leur faire face en étant nous mêmes, de dire la vérité notamment sur nos ressentis (« Aie ! Tu fais mal là ! ») et de déterminer le type de relations que nous pouvons avoir avec eux désormais.

Souvent les parents nient, clament qu’ils ont oublié, que cela n’a jamais existé, que nous avons mal compris les choses et les situations. Ils rejettent la responsabilité sur leur entourage ou sur nous et se mettent en colère. Vous devez vous attendre à une réponse négative, voire explosive.

Attention aux parents manipulateurs : certains sont très forts pour aller dans notre sens lors de la confrontation et reconnaître leurs torts, mais peu de temps après (2 à 3 mois en moyenne) quand ils pensent que nous avons tourné la page ou oublié, ils remettent les chaînes et ont à nouveau le même comportement.

Partez du principe que les parents ne changent pas aussi vite ni aussi facilement surtout après tant d’années de comportement cyclique avec nous.

Tant que les émotions sont trop fortes, il faut éviter les face à face avec les parents, car notre point de vue et notre jugement sont alors obscurcis.
Certaines d’entre nous l’ont fait trop tôt. Il en a résulté des crises d’une rare intensité avec des discours incohérents de notre part. Trouver le bon moment est essentiel.

Nous, nous ne regrettons pas de l’avoir fait. Cela nous a donné le courage d’admettre et d’accepter que nos parents ne changeront jamais quoi que nous fassions. Nous les avons confrontés en direct une seconde fois ou par lettre interposée.
De cette façon nous avons récupéré en grande partie nos vies, nos sentiments et notre énergie, tout en gardant un contact superficiel avec eux.

L’important pour nous n’était plus notre relation avec nos parents.

Lorsque nous laissons nos réactions émotionnelles devenir automatiques, nous renonçons à tout contrôler, nous servons nos sentiments à autrui sur un plateau d’argent. Cela donne aux autres un pouvoir considérable sur nous.

Nous avons pris conscience de notre comportement défensif et avons arrêté d’essayer de « leur faire voir ». Inconsciemment ou non, tant que nous cherchons l’approbation de nos parents ou des autres, nous continuons à être contrôlés.
Le but est de dépassionner autant que possible le dialogue.

Le comportement non défensif s’apprend et se pratique d’abord avec les autres, ensuite avec ses parents.
« oh. Je vois »
« ton point de vue est intéressant. / C’est intéressant »
« Vous avez tout à fait le droit d’être de cet avis »
« Je ne suis pas d’accord. »
« Laissez-moi réfléchir à cela. »
« Reparlons de cela quand vous ne serez pas aussi contrariés. »
« Les insultes et les cris ne nous mèneront nulle part. Et je n’accepte pas vos insultes. »
« Voilà un bon exemple de raisons pour lesquelles . . . »
« Tu n’as pas besoin de me parler de cette façon. »
« Nous continuerons une autre fois quand tu seras plus calme. »
Par la suite d’autres phrases vous viendront à l’esprit de plus en plus facilement lors de vos conversations avec vos parents.

A partir du moment où nous commençons à discuter, à nous excuser, à expliquer, à essayer de faire changer d’avis l’interlocuteur, nous les laissons nous manipuler.
En utilisant les réponses non défensives nous ne demandons rien à personne. Nous ne pouvons ni être repoussés ni être blessés.

Faites attention au syndrome de « Tout sauf ça »
Il faut être suffisamment fort pour supporter que nos parents nous repoussent, qu’ils nient, qu’ils nous accusent, qu’ils se mettent en colère, nous critiquent… Mais il ne faut pas non plus retarder la confrontation indéfiniment.
Tout au long du chemin nous avons dû nous souvenir que nous faisons tout cela pour nous.
La confrontation reste un succès quel que soit le résultat, pour la simple raison que nous avons eu raison de l’entreprendre et qu’il nous a fallu du courage pour le faire.
En réalité l’angoisse diminue, voire pour certains s’efface, après le premier face à face.
L’anticipation de la confrontation est toujours pire que la confrontation elle-même. Et de toutes manières cela ne se passe jamais comme nous l’avions imaginé. Parfois c’est mieux, parfois c’est pire.

Cette discussion peut se faire face à face ou par lettre. Par téléphone, il est trop facile pour nos parents de raccrocher ou pour nous de fuir à nouveau. Par lettre, soyez conscients qu’ils ne liront pas tout et/ou qu’ils ne comprendront rien. Nous vous conseillons le face à face. Pour nous, il a effacé nos peurs et nous a rempli de courage et d’énergie.

Quand débuter la confrontation ? Quand vous vous sentez prêt ou demandez au psy de vous donner le feu vert. Il est vraiment mauvais pour nous de repousser éternellement la confrontation.
Magtebmeiji est la seule à avoir fait la confrontation toute seule et assez vite. Quant à nous, nous avons préféré nous remettre entre les mains du psychologue.
Certains d’entre nous ont vidé entièrement leurs sacs devant leurs parents sans aucun résultat positif. Et ces parents font encore partie de leurs vies.
Mais malgré tout l’amour que nous avons pour eux, cet amour n’existe pas pour qu’ils nous manipulent au gré de leurs émotions et de leurs désirs/envies.

2 ans après avoir pris conscience de l’état de nos vies, nous avons tous dépassé ce stade.
Nos parents ont tous ressenti nos paroles comme des agressions personnelles voire perfides.
Bouh ! Mauvais enfants qui manquent de reconnaissance !
Nous avons réussi à ne pas couper les ponts avec eux malgré tout. Nous avons changé nos comportements et nos relations existeront tant qu’elles ne menaceront pas nos vies. Nos relations sont peut-être superflues, mais nous restons des enfants qui aiment leurs parents malgré tout.
Néanmoins, nous sommes tous prêts à arrêter nos relations avec nos parents si cela s’avère nécessaire. En effet, nous n’oublions pas ce que nous avons vécu et ressenti tout au long de ces années.
Parce qu’en fait nous avons vraiment eu le sentiment d’avoir été trahis par les nôtres avec leurs mensonges redondants.

 

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