Adieu, au revoir mon travail bien aimé

 Ils t’ont tué, ils t’ont assassiné.

Je me demande toujours combien d’argent reçoivent les dirigeants qui vendent leurs pays aux industries américaines et au gouvernement américain. Est-ce qu’il y en a eu qui ont refusé ? Et s’ils ont refusé est-ce que leur pays a été considéré comme un traître à la nation américaine, voire comme des terroristes ? Est-ce qu’ils sont devenus des cibles à abattre ?

Pour quelles raisons toutes ces questions ? Parce que depuis 2008, depuis le début de la crise financière, mon travail a été assassiné par le modèle américain. Et nos politiques n’ont rien fait pour arranger ça.

 

Mon travail ? Je l’ai appris sur le tas. (^___^)

Pour moi il avait du sens à l’époque. Ah ! Ce que je faisais ? C’est vrai j’ai oublié de vous le dire. J’étais analyste décisionnelle…
pfff… mwahahahahahaha… Pardon. -essuie ses larmes de rire. C’est juste qu’à l’époque, quand j’ai appris ce métier sur le tas, ce nom n’existait pas. Il n’était référencé nulle part en France. Inconnu dans tout le pays, même l’administration française ne le connaissait pas.

Nous travaillions dans la Business Intelligence. B.I. fait plus classe qu’analyste décisionnelle, n’est-ce pas? (:p)

En 2008, avec la crise économique, qui avait bon dos (c’était une bonne excuse pour beaucoup de choses dans le monde professionnel), le modèle américain a envahi nos contrées.

 

Petite parenthèse

Vous savez ce que j’aime chez les Japonais ? Quand ils copient un modèle, s’il s’avère inefficace ou néfaste pour l’entreprise ou pour le pays, ils abandonnent l’idée (je devrais peut être parler au passé, puisque le pays a été vendu en 2015…). Mais en France on s’entête et on y va, y compris si ça doit détruire tout sur son passage.

Et mon travail a commencé à être saccagé jusqu’à destruction complète.
Pour comprendre un peu, savez-vous ce que fait un analyse B.I. ? … bon ok analyste décisionnel ?

Pour faire court :
A l’origine c’est quelqu’un qui communique beaucoup. Il travaille autant avec le métier (corps fonctionnel de l’entreprise) qu’avec le système informatique, il est polyvalent, et parfois il a même des clients extérieurs à l’entreprise.

Il étudie leurs besoins statistiques, leurs besoins de qualité des données, leurs besoins de production, etc…, et il propose des solutions en adéquation avec l’existant et avec le système informatique. Il développe une solution, la teste et la recette avec le métier pour que le résultat soit satisfaisant.

Bien sur ils est nécessaire d’avoir à minima, un serveur de développement, un serveur de recette et un serveur de production aux architectures les plus identiques possibles (même version des logiciels, même espace alloué, même configuration, etc…). Bien que je ne trouve pas cela pertinent, il y en a qui on fait du zèle en ajoutant un serveur de tests et un serveur de pré-production. (Aujourd’hui le serveur de pré-production est obligatoire, puisque ce n’est plus l’analyste qui met en production, mais une personne du système informatique qui n’a pas les connaissances décisionnelles. Trop souvent j’ai entendu dire que la personne a oublié un fichier ou s’est planté de connexion, de paramètres, entre autres…)

Aucune modification n’était faite en production, ce qui permettait l’intégrité et la fiabilité du système.

Et bien tout ça… oublié ! Tout ça… jeté aux orties! Aller oust!

 

 

 

 

« Pourquoi ne pas développer en production ? C’est tellement plus rapide !» – ils oublient facilement les risques lorsque le développeur est bordélique.
« Nous allons créer de l’emploi. Tout ce que le décisionnel faisait va être divisé entre les commerciaux, la MOA décisionnelle et le service du système informatique »
Créer de l’emploi… certes. Pourquoi pas? Cela aurait pu fonctionner, mais ces grands penseurs ont oublié une chose. Former les gens pour être efficaces… peut-être?

Alors comme cela n’allait pas, on a rejeté la faute sur le décisionnel, parce qu’il ne comprenait rien aux demandes de développement et on a décidé de remplacer le décisionnel par des étrangers dont le coût horaire est moins cher.
Et à long terme, ça coûte vraiment moins cher ? Un projet développé en France coûte-t-il moins cher que le même projet développé par exemple par les indiens d’Inde ? (j’ai testé en tant que chef de projet… à vous de découvrir)

D’ailleurs oui le décisionnel ne comprend plus rien et c’est normal. A l’origine il était le maître du cahier de charges fonctionnel et technique. Là, la MOA B.I. rédige des règles qu’elle ne comprend pas la plupart du temps.
Analyser ? Pour quoi faire ? Ça prend du temps ! Or c’est urgent : à faire pour avant hier !
La rigueur ? Oubliée. Cela prend trop de temps.
Négocier? c’est quoi? ça se mange?
Et le résultat est faux ? C’est la faute du développeur B.I., il est tellement incompétent.

Sérieusement, comment pourrait-il réussir un développement alors qu’il n’a que des morceaux d’informations, que l’utilisateur final lui-même ne sait pas définir ce qu’il veut et que la logique lui échappe ? Comme le client final et le développeur ne communique plus, le besoin est monté par tâtonnements… et les projets finissent en usine à gaz ingérables à long terme.
Ah… et puis non, il n’a pas le droit de contacter le métier. D’ailleurs on ne lui donne pas accès aux noms et prénoms du corps fonctionnel. Il n’est pas invité aux réunions non plus. Au cas où il comprendrait mieux que la MOA?

Et voilà le B.I. organisé, rigoureux, fiable, logique, devenu un bordel sans nom, une usine à gaz contenant plusieurs usines à gaz. Tellement bien fait que lorsqu’on veut modifier un nom de champ, ce qui ne devrait prendre que 5 minutes maximum, prend des heures voire des jours, parce que cela impacte tout le système décisionnel. Je caricature, mais pas tant que ça, je vous l’assure.

A chaque poste d’analyste B.I. j’ai dû me battre pour avoir accès aux informations fonctionnelles et pour contacter le métier. J’ai accepté de former les personnes des MOA B.I. qui ont voulu évoluer et apprendre ce métier. (elles sont rares)
Tous les projets grippés se sont tout à coup libérés comme par magie dès que j’avais les informations en direct.

Et pour des raisons de sécurité nous avons été coupés du système informatique. Ok tout le monde n’est pas honnête et intègre… mais comment dire ? nous n’avons pas besoin d’un accès à l’architecture informatique, aux numéros de versions des logiciels pour vendre des données sensibles. Notre métier nous met en contact avec les secrets de l’entreprise, même aujourd’hui. Et quand on connaît les failles de sécurité des entreprises françaises, banques comprises, il ne faut pas venir me parler de l’importance de la sécurité informatique.

Donc l’analyste B.I d’aujourd’hui est une personne réduite au statut de développeur, qui reste tout le temps devant son écran, de temps en temps il a une réunion avec la MOA et se prend la tête pour aligner des chiffres ou pour trouver pourquoi tel chiffre ne correspond pas à ce que le métier veut.

De 20 % de développement et 80 % de relationnel, nous sommes passés à 90 % de développement et 10 % de relationnel. (ça empire. Il y a 4 ans c’était 80 % de développement et 20 % de relationnel)

Je me suis sentie écrasée telle cette image que j’ai trouvé sur le site Les humeurs d’Oli (l’article continue après)
L’image représente vraiment mon ressenti envers mon emploi.

Fatiguée de me battre pour travailler correctement, fatiguée de me battre pour rendre des résultats qualitatifs et pour rendre service, j’ai pris le large. Mon bateau est sur une mer agitée, mais j’ai choisi entre me détruire pour un système indifférent et froid ou me reconstruire différemment, quitte à couler, mais sans regrets. Ce que j’ai appris me servira encore demain même si les logiciels sont obsolètes.

Bon courage à tous les développeurs décisionnels. Bon courage à tous ceux qui veulent bien travailler. Mais surtout souvenez-vous, votre emploi est nécessaire tant qu’il ne vous tue pas. Alors si vous vous sentez en danger, ayez le courage de partir. Le monde est rempli d’opportunités.

…………

Je suis toujours surprise de voir que les êtres humains sont capables du pire juste pour des outils illusoires. La véritable puissance réside en chacun de nous. Et ça beaucoup l’ont oublié ou ne l’ont jamais compris.

L’argent en soi n’est pas mauvais. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. C’est l’utilisation qu’on en fait qui rend les situations dangereuses.

Aujourd’hui, le dieu du monde se nomme Argent. Et demain quand le système bancaire n’existera plus, un autre dieu verra le jour.

L’homme ressent le besoin de dominer ses semblables, mais les semblables ressentent le besoin d’être dirigés également.

On dit que tant que l’amour du pouvoir dévorera le monde, le monde sera en guerre. Mon point de vue est légèrement différent à mon âge.
Tant que les gens ne comprendront pas que où qu’ils se trouvent sur cette Terre ils ne seront jamais totalement en sécurité et que la Vie est synonyme de changements, ils auront peur. Et tant qu’ils ne géreront pas leurs peurs, le monde continuera de courir à sa propre destruction.

Nous avons détruit l’eau, la terre et l’air. Par peur.

Nous avons trahi nos familles. Par peur.

Nous avons refusé de bouger/de nous battre. Par peur.

Nous avons vendu nos pays. Par peur.

Nous nous sommes menti à nous même. Par peur.

Et voilà le monde où nous vivons. Une poubelle géante dont la fin arrive lentement mais sûrement.

Quelle force pourrait nous arrêter dans notre folie et nous tirer de là ?

Sur ces tristes phrases, je vous conseille de vous concentrer sur ce que vous êtes capables de faire ici et maintenant. Si vous vous dites que vous ne pouvez rien faire, prenez le temps de chercher. Pendant plus d’un an je n’ai pas su quoi faire après avoir quitté mon travail. Aujourd’hui je ne peux vraiment plus travailler dans le décisionnel. Je réussis les entretiens d’embauche mais je ressens une telle fatigue et un tel épuisement à l’idée de recommencer toujours le même combat que je finis par me retrouver bloquée psychologiquement.

Plus d’une fois j’ai failli baisser les bras, me demandant ce que je faisais sur terre. J’ai essayé différentes choses. Et finalement avec le temps j’ai fini par trouver ce que je suis capable de faire. C’est encore tôt, je me teste, mais surtout je prends le temps. Je prends le temps de vivre, je prends le temps de résoudre mes problèmes pour me libérer des entraves, je prends le temps d’écouter mes amis, de revoir ma famille, je prends le temps de danser, de chanter. Bref, je prends le temps d’exister.
Ai-je raison ou tort? Je n’en sais rien. Le temps le dira.

La mort viendra nous chercher bien assez tôt. Autant profiter de ce que nous avons déjà et découvrir ce que nous ne connaissons pas, d’abord sur nous-même ensuite sur les autres.

Entourez-vous de vos véritables amis pour vous soutenir et tenez bon. Laissez la peur venir mais faites la partir aussi. La peur est très mauvaise conseillère dans ce cas.

On m’a dit que la peur s’efface en passant à l’action. Et pour l’avoir testé je trouve que c’est vrai. Plus j’agis moins j’ai peur, moins je me pose de mauvaises questions.

Courage

Irina Magteb

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